Impératif écologique et impératif social : quelles convergences pour penser les besoins en logements à l'heure de la transition ?

Faut-il construire plus ou rénover davantage ? Cette question, en apparence simple, cache en réalité un débat profondément politique sur ce que doivent être les priorités du secteur du logement face à l'urgence climatique. C'est pour l'explorer que la première conversation de préfiguration du programme BEL a réuni, en mai 2024, Albane Gaspard, coordinatrice scientifique et technique de la prospective du bâtiment et de l'immobilier à l'ADEME, et Manuel Domergue, directeur des études à la Fondation pour le Logement des Défavorisés.
Leurs positions de départ semblent opposées : la Fondation défend historiquement une augmentation de l'objectif national de constructions neuves pour résorber le mal-logement, tandis que les scénarios de l'ADEME appellent à sa réduction, compensée par une plus grande mobilisation du parc existant. Mais la conversation révèle rapidement que ces deux objectifs — justice sociale et transition écologique — sont conciliables, à condition d'être pensés ensemble plutôt que séparément.
Les échanges mettent en lumière le caractère profondément politique des arbitrages à réaliser : comment répartir l'enveloppe restante d'artificialisation des sols entre logement et réindustrialisation ? Comment mobiliser les millions de mètres carrés existants sous-occupés — résidences secondaires, logements vacants — sans heurter les normes sociales et les droits de propriété ? Quels instruments privilégier : évolutions fiscales, réorientation des aides de la construction vers la rénovation, développement de nouvelles formes d'habitat partagé ?
La discussion aborde également les barrières culturelles aux nouvelles formes d'habiter. L'appétence pour la maison individuelle en extension urbaine, la perception d'une perte d'intimité associée au logement collectif ou à la mutualisation d'espaces : autant de représentations qui freinent les évolutions nécessaires, mais que des initiatives comme la colocation intergénérationnelle commencent à bousculer.
Enfin, Albane Gaspard et Manuel Domergue soulignent les nombreuses incertitudes qui compliquent toute estimation des besoins : incertitudes sur le degré de réchauffement et ses conséquences territoriales, sur les capacités de transformation du bâti existant, sur les puits de carbone, sur les effets du développement du télétravail. Des incertitudes qui appellent à renouveler en profondeur la méthodologie institutionnelle du calcul des besoins en logements.
📄 Synthèse accessible au lien suivant.
Conversation préparée et animée par Julien Le Plaideur et Brice de Margerie (Codesign-it)
Crédits photographiques : Juliette Pavy- Terra ©




