Comment la transition écologique vient-elle redéfinir l'action publique relative aux besoins en logements aux échelles nationale comme territoriale ?

Si l'énonciation d'un objectif national de production de logements ne fait pas consensus, tous les acteurs s'accordent sur un point : il est urgent d'améliorer la déclinaison de cet objectif à l'échelle locale. C'est le fil directeur de la deuxième conversation du programme BEL, qui a réuni en juillet 2024 Xavier Timbeau, directeur principal à l'OFCE, et Vincent Fouchier, directeur Prospective et Conseil de Développement à la Métropole Aix-Marseille-Provence.
La conversation s'ouvre sur un constat : un logement ne vaut pas un autre. Ses caractéristiques intrinsèques — prix, surface, confort — mais aussi extrinsèques — distance au travail, accès aux services, qualité de l'environnement — déterminent dans quelle mesure il répond réellement aux besoins de ses occupants. Or les politiques nationales tendent à traiter les besoins en logements de façon uniforme, sans tenir suffisamment compte de ces réalités territoriales.
La comparaison entre La Rochelle et Marseille illustre ce propos avec force. Dans les deux villes, l'étude des kilomètres quotidiens parcourus par les ménages en fonction de leurs revenus révèle des répartitions socio-spatiales radicalement différentes. À Marseille, les ménages les plus précaires résident dans le centre-ville dégradé, proche de l'emploi. À La Rochelle, c'est l'inverse : ils sont relégués en périphérie, plus éloignés du travail et des services. Deux villes, deux configurations, deux types de vulnérabilités — qu'une politique nationale uniforme ne peut pas appréhender.
La conversation explore ensuite la relation entre logement, mobilité et emploi comme entrée pour repenser les besoins. La localisation d'un logement détermine les mobilités qu'il génère, et donc son empreinte environnementale réelle. Un ménage excentré, contraint à l'automobile, peut se retrouver durablement fragilisé par la hausse des prix du carburant. Cette dimension plaide pour intégrer les données de mobilité aux méthodologies de chiffrage — un chantier encore récent.
Le développement du télétravail ajoute une couche d'incertitude supplémentaire : où s'installent les télétravailleurs ? L'intensification du télétravail conduit-elle nécessairement à la périurbanisation ? Quels effets sur la distinction entre résidences principales et secondaires ? Autant de questions qui appellent des données nouvelles et des approches de planification renouvelées.
📄 Synthèse accessible au lien suivant.
Conversation préparée et animée par Julien Le Plaideur et Brice de Margerie (Codesign-it).
Crédits photographiques : Arnaud Bouissou - Terra ©




