Enjeux économiques : comprendre les crises actuelles, anticiper celles à venir

La troisième conversation du programme BEL, tenue en septembre 2024, a réuni Pierre Madec, économiste à l'OFCE, Hadrien Hainaut, directeur des programmes à l'I4CE, et Sarah Tessé, cheffe de projet à France Stratégie, pour analyser les enjeux économiques auxquels se heurte le secteur du logement — à court terme comme dans une perspective de transition écologique.
Le point de départ est brutal : en 2023, 355 000 logements ont été autorisés mais seulement 280 000 mis en chantier, soit des chutes respectives de 19 % et 25 %. Ces données traduisent une crise sévère du secteur du bâtiment, avec des effets en cascade sur l'emploi local non délocalisable et sur la capacité à conduire les formations professionnelles et les réorganisations de filières que la transition écologique exige. Et cette baisse de la construction neuve ne reflète pas une reconversion vers la rénovation : c'est une opportunité manquée.
La conversation met en évidence la dépendance structurelle des communes à la construction neuve : les recettes fiscales issues des droits de mutation, de la taxe foncière ou de la construction d'équipements publics constituent pour beaucoup de territoires le principal levier d'investissement. En l'absence de mécanismes de péréquation ou de valorisation fiscale du renoncement à construire, la construction neuve est perçue comme une protection face à la décroissance urbaine — y compris dans des territoires qui n'en ont objectivement pas besoin.
Les intervenants explorent ensuite les multiples tensions de temporalité qui compliquent toute réforme : comment concilier la crise du logement actuelle et les objectifs environnementaux de long terme ? Comment réorienter des investissements et des dettes déjà contractés ? Comment produire des logements adaptés à des emplois industriels temporaires sans peser durablement sur le parc ? Ces questions appellent moins des solutions immédiates qu'une capacité d'anticipation et de prospective — l'exercice de projection, même incertain, ayant le mérite de poser les bonnes questions.
En filigrane, la conversation plaide pour un raisonnement par la demande plutôt que par l'offre, et pour se doter d'outils de réaction lorsqu'une crise survient. Elle interroge aussi le retard du secteur du bâtiment sur d'autres secteurs — alimentation, mobilité, énergie — dans l'évolution des pratiques et des aspirations.
📄 Synthèse accessible au lien suivant.
Conversation préparée et animée par Julien Le Plaideur et Brice de Margerie (Codesign-it).
Crédits photographiques : Manuel Bouquet - Terra ©




