+4 °C : quelles politiques pour loger la France de demain ?

À l'heure où le scénario d'un réchauffement de +4 °C d'ici à 2100 cesse d'être une hypothèse lointaine, que signifie encore parler de « besoins en logements » ? Comment penser l'action publique quand les crises climatiques imposent des limites inédites, bousculent nos certitudes et obligent à repenser l'articulation entre justice sociale, sobriété et soutenabilité ? Et si le véritable enjeu n'était plus de compter ou de prévoir, mais de repenser et de planifier collectivement ce que nous jugeons essentiel pour habiter demain ?
C'est autour de ces questions que s'est tenu, le 18 décembre 2025 à l'amphithéâtre Boutmy de Sciences Po, le colloque « Quoi de neuf, chercheurs ? » du Réseau des acteurs de l'habitat, coorganisé avec l'École urbaine de Sciences Po, le Centre d'études européennes et de politique comparée (CEE) et le programme de recherche BEL. L'événement a réuni chercheurs, élus, acteurs publics et professionnels du logement et de l'aménagement, et a marqué le lancement officiel du programme de recherche Besoins en logements à l'heure de la transition écologique (2025-2028).
Habiter la biosphère : une mise en perspective
La journée s'est ouverte sur une intervention d'Eloi Laurent, économiste à l'OFCE et enseignant à Sciences Po, consacrée aux liens entre économie du bien-être, ville et logement. Partant d'une réflexion sur ce que signifie habiter dans un contexte de dérèglement écologique, il a proposé un cadre d'analyse qui replace la question du logement au cœur des défis de soutenabilité et de justice sociale — loin d'une approche purement comptable des besoins.
Les grandes transformations des besoins en logements dans une France à +4 °C
La première table ronde a réuni Emma Haziza, hydrologue et spécialiste des politiques d'adaptation, Hélène Peskine, directrice générale adjointe du Cerema, Sanaa Saitouli, cofondatrice de Banlieues Climat, Christophe Vanhersel, directeur général de Flandre Opale Habitat, et Anne Vignot, maire de Besançon et présidente de Grand Besançon Métropole.
Les échanges ont mis en évidence la manière dont les risques climatiques — chroniques comme l'érosion littorale, le retrait-gonflement des argiles ou la hausse du niveau marin, et événementiels comme les inondations ou les vagues de chaleur — viennent transformer les conditions d'habitabilité du parc existant et redéfinir les besoins en logements dans les territoires. Ces transformations s'ajoutent aux évolutions démographiques en cours : vieillissement, recompositions familiales, pluri-résidentialité, intensification des mobilités. La discussion a également porté sur la manière dont les politiques locales d'adaptation et d'atténuation du changement climatique requestionnent la façon de définir, de programmer et de répondre aux besoins en logements à l'échelle des territoires.
Gouverner les politiques du logement à l'heure des incertitudes et de la sobriété
La seconde table ronde a rassemblé Jacques Baudrier, adjoint à la maire de Paris en charge du logement et de la transition écologique du bâti, Damien Botteghi, directeur de l'habitat, de l'urbanisme et des paysages, Marco Cremaschi, professeur d'urbanisme à Sciences Po, et Sorcha Edwards, secrétaire générale d'Housing Europe.
La discussion a porté sur les conditions dans lesquelles l'action publique peut se saisir de cet enjeu face à une pluralité d'incertitudes — climatiques, budgétaires, démographiques — et à une nécessaire sobriété foncière, immobilière et énergétique. Comment repenser les objectifs et les instruments de l'action publique en faveur du logement, et la manière de les concevoir entre l'État et les territoires ? Quelles expérimentations, en France ou à l'étranger, pourraient inspirer des politiques du logement façonnées par la transition écologique ? Autant de questions qui ont nourri un échange dense entre acteurs aux horizons très différents.
Le lancement du programme BEL
Ce colloque a également été l'occasion de présenter officiellement les quatre équipes de recherche lauréates du programme BEL, sélectionnées à l'issue de l'appel à propositions lancé en février 2025. Leurs travaux, qui s'étendront jusqu'en 2028, portent sur les effets macroéconomiques des choix de production du logement, l'accès au logement des agents des employeurs publics, la mobilisation du bâti existant face aux enjeux d'habitabilité, et la rénovation énergétique du parc locatif privé à destination des ménages précaires.
🎥 Retrouvez le replay du colloque au lien suivant.
Crédits photographiques : Marwen Farhat - L'Union sociale pour l'habitat ©



