Repenser les besoins en logements : comment faire les transitions par les pratiques des ménages ?

La sixième conversation du programme BEL, tenue en novembre 2025, a réuni Denis Bernadet, chercheur à Leroy Merlin Source, et Charlie Brocard, chercheur à l'IDDRI - Sciences Po Paris, autour d'une question en apparence simple : comment engager la transition écologique des logements en partant des pratiques réelles des ménages, plutôt que de normes techniques imposées de l'extérieur ?
Le point de départ est la décarbonation du chauffage, responsable de 78 % des émissions dans les bâtiments résidentiels. La norme des 19°C, référence technique couramment utilisée, colle difficilement aux usages réels : il n'est pas utile de chauffer une chambre inoccupée à la même température que le salon. S'intéresser aux pratiques et aux usages effectifs permettrait de mieux calibrer les solutions sobres — et de réinvestir la notion de confort plutôt que de la sacrifier sur l'autel de la sobriété.
C'est précisément le pari de la recherche « Chauffage : sous 19°C, le confort sobre ? » menée par Leroy Merlin Source, qui a suivi 14 ménages au cours de l'hiver 2024-2025. Sans investissements lourds ni normes imposées, le confort sobre s'est construit en co-construction entre chercheurs et ménages, à partir de gestes simples : mesurer la température, l'adapter, s'habiller en conséquence.
L'IDDRI apporte une perspective complémentaire, centrée sur les groupes sociaux plutôt que sur les individus. Ses travaux partent d'un postulat : les pratiques sont des performances sociales. Chaque individu les performe en fonction de son milieu, de sa situation familiale, de son territoire. Cette approche conduit à distinguer quatre environnements de choix — physique, socio-culturel, économique et cognitif — et à constater que les politiques publiques ont jusqu'ici principalement agi sur le seul environnement cognitif, en informant et en éduquant. Pour changer les pratiques à grande échelle, il faut agir sur les quatre leviers simultanément.
La conversation souligne enfin que le slogan de l'IDDRI — « quand on peut, on veut » — inverse utilement la logique habituelle : ce n'est pas la motivation qui manque, c'est la capacité à agir. Réduire les contraintes administratives, professionnaliser le secteur de la rénovation, exposer les ménages aux pratiques sobres dans les lieux de travail et les espaces publics : autant de conditions de possibilité qui, réunies, peuvent enclencher des trajectoires de changement adaptées à chaque groupe social.
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Crédits photographiques : Emmanuel du Bourg - Terra ©


